La fin du «politiquement correct» ?

La rédaction du quotidien Le Temps a eu l’idée d’offrir la plume, samedi 10 décembre, à deux femmes politiquement engagées en les priant de dire si elles applaudissaient la fin du «politiquement correct».

Mme Elisabeth Lévy, journaliste et auteur de plusieurs essais, est directrice du magazine Causeur et du site causeur.fr. A la question posée, elle répond oui. Elle se réjouit de voir la fin de 40 ans de glaciation intellectuelle. Elle observe que «la France des provinces, des parvis et des anciens usages» comme l’écrit Vincent Trémolet de Villers dans le Figaro se fait remonter les bretelles par un chœur de grandes âmes que leur position d’hégémonie culturelle habilite à édicter les normes de la bienséance.

Elisabeth Lévy poursuit : elle [La France des provinces…] s’inquiète de l’islamisation des territoires perdus ? Islamophobe, raciste ! Elle rechigne à voir révolutionnées les règles de la filiation ? Homophobe, réac, moisi, plouc ! Esprit étroits, idées nauséabondes, rééduquez-moi ça ! (…) L’idée de génie fut d’interdire aux bons peuples de voir ce qu’ils voyaient, par exemple qu’ils devenaient culturellement minoritaires dans certaines parties de leurs chers et vieux pays – tout en les sommant de s’en émerveiller. Il était interdit de dire, mais obligatoire d’applaudir. Ainsi vit-on les héritiers de Voltaire combattre farouchement pour que ceux dont ils ne partageaient pas les idées ne pussent pas les exprimer. La diversité était une valeur cardinale, sauf en matière d’opinions.

Pour déplorer la fin (supposée) du politiquement correct, et donner la réplique à Elisabeth Lévy, la rédaction du Temps a eu la cruauté d’offrir la plume à Mme Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme. Piège cruel, parce qu’après avoir lu Elisabeth Lévy, intelligente et lumineuse, on mesure l’abîme intellectuel qui la sépare de l’infortunée politicienne genevoise, dont la contribution brouillonne, mal rédigée, dogmatique, est une parfaite illustration de ce politiquement correct dont on espère pouvoir célébrer la fin.

Pour Mme Brunschwig-Graf, les opposants les plus virulent au politiquement correct ne militent pas pour la liberté d’expression, ils se battent pour une véritable idéologie, celle du parler sans limites, sans tabous mais aussi sans égard ni respect.

Il ne faudra pas pousser beaucoup Mme Brunschwig Graf pour qu’elle appelle de ses vœux une extension des opinions criminelles énumérées à l’article 261bis du Code pénal et passibles de prison, aux textes qui manqueraient d’égard ou de respect pour tel ou tel parti, telle ou telle communauté ou telle ou telle personne.

Avec un tel discours, on n’est pas près de voir la fin de la glaciation intellectuelle !

Claude Paschoud

 

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