De la grâce et du féminisme

La grâce est d’abord une notion religieuse, connue du droit romain, puis du christianisme : «là où le péché a abondé, la grâce a surabondé» affirme Paul[1]. Au temps de la monarchie, l’exercice de la grâce était réservé au souverain[2], qui en usait principalement pour épargner au condamné la peine capitale. Le condamné ainsi gracié voyait sa peine commuée en détention perpétuelle car la grâce n’équivaut pas à l’amnistie. L’institution n’était pas sans rappeler la grâce divine, qui ne remettait pas en cause la justice pénale des hommes mais laissait entrevoir la possibilité d’une rédemption, du vivant du condamné.

On peut dès lors se demander pourquoi l’institution de la grâce a survécu à l’abolition de la peine de mort, le rachat de toute autre peine, en dehors des procédures de révision connues de tous les codes constituant un camouflet à l’égard de la justice.

Une affaire récente, que nous avons commentée ici sous le titre «le triomphe du féminisme victimaire» a choqué de larges milieux. Une dame Jacqueline Sauvage avait froidement assassiné son mari en lui tirant plusieurs balles de fusil dans le dos. Lors de son procès, elle avait allégué des maltraitances (qui n’ont jamais été établies), et des violences conjugales (qu’aucune plainte, aucun hématome, aucune consultation médicale n’ont jamais permis de constater en plus de 40 ans de mariage).

Elle a été condamnée à 10 ans d’emprisonnement, peine confirmée en appel par une deuxième Cour avec jury. Une grâce partielle du président de la République devait lui permettre d’accéder à une libération anticipée, mais les juges chargés de statuer sur cette question lui ont refusé cet aménagement, au motif qu’elle n’avait pas pris conscience de sa culpabilité.

Ils avaient largement raison : à peine sortie de prison par les vertus d’une grâce présidentielle entière, scandaleusement accordée par François Hollande en décembre dernier, la dame pérorait devant les caméras de France 2 en affirmant qu’elle n’était coupable de rien !

C’était dire que les juges, les experts, les témoins, et les jurés étaient tous des ânes pour l’avoir jugée coupable de meurtre lors de deux procès complets, alors même que, selon elle et ses avocates, la frustration accumulée par une pétasse moche et inculte pendant ses années de mariage devait justifier l’assassinat du mari.

La mégère a bénéficié dans cette opération d’enfumage de la collaboration active des réseaux habituels de féministes doctrinaires et d’anarchistes prêts à monter dans le train de toutes les causes susceptibles de nuire à l’autorité de l’Etat. Elle a aussi bénéficié, hélas, de la nullité du président de la République le plus insignifiant depuis le fin de l’Empire.

De façon générale, je suis content d’entendre les féministes jacasser sur les ondes, car leurs discours sont si absurdes que même les auditrices et les auditeurs les plus bêtes doivent le remarquer. Marc Giouse avait invité à son émission de dimanche matin «Les échos de vacarme» sur la Première, une dame Maria Roca Escoda, sociologue et directrice des études genre ( ?) à l’Université de Lausanne laquelle, faisant allusion à l’avortement libre et gratuit, le qualifiait d’avancée sociale.

Quelle belle avancée sociale pour une civilisation qui justifie le meurtre des enfants à naître et des maris bourrus. Ces harpies bavardes me font – presque – regretter l’époque où l’élève chargé par son maître de mettre au féminin la phrase : «il est vautré sur le sofa du salon» avait écrit : «elle est debout devant l’évier de la cuisine».

Claude Paschoud

 


[1] Epître de Paul aux Romains 5,20

[2] En Suisse, où l’on considère que le souverain, c’est le peuple, le droit de grâce est dans la compétence des députés au Parlement (art. 173 al. 1 lettre k de la Constitution fédérale et art. 109 de la Constitution vaudoise) alors qu’aux Etats-Unis et en France, par exemple, cette compétence est exercée sans contrôle par le Président. Certains commentateurs qualifient dès lors ces pays de «monarchies républicaines»

 

Cette entrée a été publiée dans Non classé. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.