Requiem pour un crétin

 

Il y en a probablement des centaines parmi le corps enseignant de la république, qui prennent un hebdomadaire répugnant pour un organe de presse et qui estiment que des caricatures vulgaires représentant le Prophète sacré des musulmans dans une position humiliante et grotesque sont une manifestation de la liberté d’expression.

A part cette exhibition imbécile en classe, devant des élèves de 13 ou 14 ans, quel était le contenu du cours sur la liberté d’expression présenté par l’instituteur Samuel Paty ? On l’ignore, ce qui n’a pas empêché le Président de la République de lui décerner la Légion d’honneur à titre posthume, et de tolérer en pleine pandémie des rassemblements de plusieurs centaines d’imbéciles venus déposer leur petite bougie en signe de solidarité avec le blasphémateur.

Contrairement à plusieurs pays européens, tels le Danemark, la France, la Norvège, l’Islande et Malte qui ont déjà aboli le délit de blasphème, la Suisse réprime celui qui, publiquement et de façon vile, aura offensé ou bafoué les convictions d’autrui en matière de croyance, en particulier de croyance en Dieu, ou aura profané les objets de la vénération religieuse (art. 261 CP).

Si toutes les convictions en toutes les «croyances» sont ainsi protégées (et non seulement la croyance en Dieu) on se demande s’il n’y aurait pas lieu de poursuivre pénalement tous les journalistes qui ricanent des «complotistes», tous les darwiniens qui bafouent les convictions des «créationnistes» et même les esprits forts qui brocardent la foi dans l’existence des extraterrestres.

On se demande aussi pourquoi, en France, le droit au blasphème est reconnu, et qu’il est donc licite de se moquer des convictions d’autrui, pour autant que les croyances moquées soient celles des chrétiens ou des musulmans, mais qu’il est strictement interdit de mettre en doute des faits historiques controversés au motif que cette mise en doute heurte la sensibilité du Peuple élu.

M. Samuel Paty a payé de sa vie sa fidélité à ce qu’il croyait être son devoir. Il mérite pour cela notre indulgence et je souhaite qu’il repose en paix. J’observe néanmoins que des dizaines d’autres victimes de leur fidélité aux devoirs de leurs charges, notamment des policiers, n’ont pas bénéficié, post mortem, de la même mobilisation politicienne et médiatique. Je subodore que l’horreur a été moins le meurtre que la décapitation, ultime indignité que les Jacobins ont érigé pourtant en acte glorieux 227 ans plus tôt jour pour jour, le 16 octobre, lorsqu’ils ont exécuté la Reine.

La République a les serviteurs qu’elle mérite.

Claude Paschoud

 

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