Présomption d’innocence

 

 «Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées» proclame l’article 11 de la Déclaration universelle des droit de l’homme, promulguée par l’ONU en 1948.

 C’est ainsi que jusqu’à la fin de son procès, M. Dominique Strauss-Kahn est présumé innocent des crimes dont on l’accuse, et donc, par voie de conséquence directe, qu’est présumée menteuse et affabulatrice la jeune femme de chambre d’origine africaine qui l’accuse.

 Une présomption est, dans le langage courant,  un soupçon, une hypothèse, une supposition, une conjecture, une vraisemblance, une apparence, un indice. En droit, ce qui est présumé est considéré comme – provisoirement – établi, jusqu’à la démonstration du fait contraire. Le père de l’enfant est présumé être le mari de la mère. Une signature sur un document est présumée authentique. Un homme revêtu d’un uniforme de policier est présumé être un véritable policier.

 Certaines harpies féministes sont montées aux barricades. Sans qu’on sache ce qui s’est réellement passé au Sofitel, elles ont conspué le prévenu aux cris de : «Honte à toi !» La présomption d’innocence de DSK leur paraît un déni de réalité. Elles réclament une présomption de véracité pour les accusations des femmes victimes de crimes sexuels.

 Ce serait le retour à la barbarie. Dans un Etat fondé sur le droit, le prévenu n’a pas à prouver son innocence, c’est à l’accusation de prouver la réalité du crime et la culpabilité de l’accusé. Une preuve négative est généralement impossible à apporter. Pour une accusation de viol, et pour autant que des relations sexuelles soient admises, il sera pratiquement impossible, surtout plusieurs jours, voire plusieurs mois ou plusieurs années après les faits, de démontrer que la relation était imposée.

 La manière dont l’ex-directeur du FMI a été traité (arrestation, menottes, incarcération) démontre qu’aux Etats-Unis, la plainte de la victime présumée n’a pas été traitée à la légère. Mme Diallo bénéficie non seulement de l’appui du procureur général, mais de l’assistance de plusieurs ténors du barreau et détectives dont elle n’aura pas à payer les honoraires, soit que certains d’entre eux aient offert leurs services gratuitement, soit que leurs honoraires seront pris en charge par diverses associations.

 En Europe, et singulièrement en France, dont le peuple a conservé des réflexes monarchistes, on a été abasourdi d’apprendre qu’un notable juif, riche et puissant – trois qualités qui devaient logiquement le placer au-dessus des lois communes – avait été exhibé devant la presse menotté, comme un violeur ordinaire.

 Le principal intéressé en a été surpris lui-même. Il n’a pas tenté de fuir, puisqu’il ne se sentait coupable de rien. Pour un personnage comme lui, la femme de ménage black dans une suite à 3000 dollars la nuit fait partie du matériel de bienvenue, comme le shampooing ou la savonnette dans la salle de bain. On prend, on utilise, on jette. Il est un digne descendant des grands armateurs juifs négriers de Nantes ou de Bordeaux.

 On ne peut exclure la thèse d’une manipulation politique et/ou financière, d’un piège dans lequel DSK serait tombé, j’allais écrire : tête baissée.

 Mais dans tous les cas, que les relations sexuelles aient été consenties ou imposées, avec ou sans violence, il paraît évident que M. Strauss-Kahn nécessite des soins psychiatriques et que sa désignation à la tête du FMI et sa candidature à l’investiture socialiste en vue des présidentielles furent des  erreurs de casting, comme on dit aujourd’hui.

 Les magazines ont fait leur beurre de ce fait divers. On fera durer la pression médiatique autant qu’il sera possible, mais le soufflé va retomber. Grâce à une enveloppe garnie d’une liasse convenable de dollars, Mme Diallo consentira à cicatriser ses blessures.

 Monsieur Strauss-Kahn sera toujours, et définitivement, présumé innocent, puisque le procès n’aura vraisemblablement pas lieu.

 D’autres n’ont pas eu cette chance. Un certain L.S., suspecté d’avoir tué sa belle-mère Catherine Ségalat, est emprisonné depuis janvier 2010 alors que les charges contre lui sont assez minces.

 Plus connu : M. Mouammar KHADAFI est traité par une coalition internationale et par l’ensemble de la presse comme coupable de crimes de guerre avérés et de crimes contre l’humanité alors même que les révolutionnaires insurgés de Benghazi et les frappes aériennes françaises sont, à l’évidence, les principaux responsables des victimes civiles.

 Pas de présomption d’innocence non plus pour Ratko Mladić, qualifié unanimement par la presse francophone de «boucher des Balkans», assassin et génocidaire avant même le premier jour de son procès, ni pour Ossama Ben Laden, qui n’aura jamais droit à un procès.

 Mieux vaut peut-être un assassinat comme celui du chef d’Al-Qaïda plutôt qu’un simulacre de procès qui fait honte à l’idée même de Justice, comme celui de Nuremberg, comme les procès de la Libération, les procès de Moscou, celui de M. et Mme Ceausescu ou celui de M. Saddam Hussein.

 Claude Paschoud

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Une réponse à Présomption d’innocence

  1. Lisa dit :

    Love the blog