A propos du «tueur fou» de Zoug

Il y a exactement 10 ans aujourd’hui que le Parlement de Zoug était le théâtre d’un drame.  J’avais écrit dans «Le Pamphlet» du mois suivant un article qui, à mon avis, conserve sa pertinence et son actualité, malgré la disparition du site www.FRinjuria.com

A propos du «tueur fou» de Zoug
Le 27 septembre dernier, à dix heures et demie, M. Fritz Leibacher pénétrait dans le palais du Parlement zougois et y tuait trois conseillers d’Etat et onze députés avant de retourner son arme contre lui-même.

A l’origine de ce drame, une affaire ancienne et relativement bénigne : celui qu’on n’appelle plus que «le tueur fou de Zoug» avait eu une altercation avec un chauffeur de bus qui conduisait son véhicule en état d’ébriété. M. Leibacher avait dénoncé ce scandale dans la presse locale, ce qui lui avait valu une plainte en diffamation par l’employeur de ce chauffeur, lequel n’avait pas reconnu les faits.

Selon ce qu’on sait, les différentes plaintes et recours adressés par ce citoyen zougois aux autorités de son canton d’origine auraient été écartées, peut-être un peu trop cavalièrement.

Dans les jours qui suivirent, les journalistes affichaient leur stupeur : comment peut-on ainsi «péter les plombs» alors qu’en Suisse, comme chacun le sait, les magistrats sont si proches du peuple, si volontiers à l’écoute des doléances du simple citoyen, si attentifs à respecter leurs droits fondamentaux.

Le parleur de service, à la Radio suisse romande, tendait son micro à quelques notables, un avocat, un psychiatre, un général commandant de corps. Tous, d’un seul chœur, confirmaient : tout le monde peut s’adresser à un haut fonctionnaire cantonal ou fédéral, voire à un conseiller d’Etat. On sera toujours écouté, entendu même avec intérêt et politesse…

La vérité est tout autre.

Le citoyen Lambda, qui n’est ni avocat, ni psychiatre ni commandant de corps, ne sera ni entendu ni même écouté. Il sera éconduit. S’il estime avoir quelque chose à dire, il n’a qu’à nous écrire. S’il veut se plaindre, il n’a qu’à s’adresser aux tribunaux. Et on prend soin de lui préciser, avec un sourire narquois, que le Tribunal lui réclamera un dépôt de 1000 francs «destiné à garantir le paiement de tout ou partie (sic !) de l’émolument et des frais qui pourront être prélevés en cas de rejet du recours».

La situation n’est sans doute pas aussi noire que le prétend M. Gerhard Ulrich, un agité qui arrose le peuple vaudois de ses «Appels» dans lesquels il dénonce nommément en termes virulents, et pêle-mêle, tous les juges, tous les magistrats et les avocats coupables de «magouilles» de «prévarication» et de «forfaiture».

Ce qui est excessif est insignifiant. Mais M. Ulrich rassemble derrière lui plusieurs centaines de braves gens écorchés et aigris par des décisions iniques d’une administration qui n’a pas su les entendre ou de juges trop pressés.

Il n’y a pas que des furieux pour dénoncer les dysfonctionnements de la justice : M. Franz Riklin, 60 ans, est expert en droit pénal et professeur à l’Université de Fribourg. Il publie sur Internet (www.FRinjuria.com) un pamphlet de 90 pages : «A l’Abri des Lumières», disponible en français, dans lequel il dénonce les pratiques (dossiers d’instruction parallèles, écoutes téléphoniques, arrestations illégales) d’une justice digne de l’Ancien Régime.

On aurait tort de ricaner, en Pays de Vaud, en supposant que les dysfonctionnements dénoncés par le professeur Riklin à Fribourg ne sauraient être constatés dans les terres romandes.

Il existe aussi, dans nos villes et nos villages, des petites mafias locales, des conseillers municipaux félons, des fonctionnaires vénaux et des magistrats paresseux ou idiots. Leurs victimes, les citoyens Lambda broyés par une justice injuste, sont ceux qui sont allés à la dernière adresse du «tueur fou de Zoug», au 35 du chemin Döltschihalde, dans le quartier de l’hôpital du Triemli à Zurich, pour déposer sur sa fenêtre du rez-de-chaussée une flûte de champagne ou une bougie.

Cet hommage au meurtrier indigne le journaliste du «Matin» : des cinglés… une femme qui avait l’air d’une SDF un peu dérangée…

Quinze jours plus tôt, c’étaient des Irakiens, ou des Palestiniens, un peu dérangés sans doute ou franchement cinglés, qui dansaient dans les rues après le massacre des Tours jumelles de New York.

Peut-être pourrait-on éviter ces manifestations indécentes si ceux qui détiennent le pouvoir (militaire, judiciaire, politique, économique) en usaient avec plus de soin, de sagesse et de charité.

Claude Paschoud

«Le Pamphlet» N° 309, novembre 2001

 

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2 réponses à A propos du «tueur fou» de Zoug

  1. Blaise dit :

    Great survey, I love your post.

  2. Elliptical dit :

    Dies ist das genaue info ich suche , danke! Arron